Haut de Page

L’acquisition d’un joyau botanique…

Lorsque Gérard m’a sollicitée, voila environ un an, pour réceptionner son herbier référencé « GDB » au sein de notre département de botanique à l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique (ex-INA), j’ai été ravie et honorée ! Passés les premiers moments de joie, un sentiment d’inquiétude m’a alors saisie : allons-nous être à la hauteur de ce précieux legs ? Je vais faire une petite digression pour expliquer les raisons de mon « inquiétude ». L’idée de Gérard, excellente du reste, était d’intégrer son herbier à la salle d’herbier du département de botanique.

Cette salle d’herbier qui héberge environ 12 000 spécimens de la flore d’Algérie et 10 000 spécimens provenant du jardin d’essai de l’ENSA, de France et d’Italie a vu le jour durant la période 1910-1920. Ce sont d’illustres et prestigieux botanistes comme Alcide Charoy, Cosson, Chrestian, Ducellier, Maire, Faure, Faurel et Dubuis qui se sont succédés pour enrichir ce nouvel herbier en construction. Les premiers échantillons d’herbier datent de 1856 avec un enrichissement régulier jusqu’à la fin des années 1960. Après une petite période de « creux » un second élan est insufflé grâce à M. Beloued. Autodidacte, passionné de floristique, M. Beloued, technicien au département de botanique, a longtemps accompagné M. Dubuis au cours de ses sorties sur le terrain. Il a acquis une connaissance remarquable de la flore de l’Algérie à tel point que nous le surnommions la « flore ambulante ». C’est ainsi que la majorité des parts d’herbier de 1975 à 2006 ont été introduits par M. Beloued. Malheureusement, il nous quitte en 2006 et depuis très peu de spécimens ont été rajoutés à l’herbier du département de botanique.

Si bien que neuf ans plus tard, lorsque Gérard me fait la demande d’intégrer son herbier à celui du département de botanique, cela a été un fort moment d’émotion, mais aussi de remise en question sur la capacité à accueillir « honorablement » ce joyau botanique qu’est l’herbier de Gérard. C’est ainsi qu’avec mes collègues du département de botanique et notamment notre chef de département nous avons décidé de remettre notre salle d’herbier sur « rails » aussi bien sur le plan logistique que scientifique. Plusieurs réunions furent tenues pour mener à bien la rénovation de la salle d’herbier et la bonne volonté de tous les collègues a permis de terminer tous les travaux nécessaires pour pouvoir accueillir dignement l’herbier de Gérard. Lorsque le jour J arriva, le 17 avril 2016, tout était prêt ou presque ! En effet, nous n’avions pas encore terminé le référencement de l’herbier du département de botanique.

Grâce à la demande de Gérard, nous avons également entrepris de faire un état des lieux des parts d’herbier, afin de pouvoir l’indexer à «l’Index herbariorum » du New York Botanical Garden. En septembre 2016, nous avons donc envoyé notre formulaire de référencement et c’est maintenant chose faite sous l’acronyme « ENSA ». Ainsi la demande de Gérard d’héberger son herbier au sein de celui du département de botanique a été une excellente initiative pour deux raisons essentielles : l’herbier de Gérard constitue un outil de recherche inestimable pour tous les chercheurs-botanistes qui travaillent sur la flore algérienne d’une part et présente un outil pédagogique précieux pour tous les d’étudiants et d’enseignants qui visitent l’herbier du département de botanique. Cette demande a par ailleurs permis d’insuffler un nouvel élan au sein de la salle d’herbier et nous sommes donc doublement reconnaissants à Gérard pour nous avoir fait l’honneur de partager cette belle aventure botanique ! Je conclurai en disant un grand merci à toi Gérard pour ce précieux legs et que nous espérons pouvoir continuer à faire vivre avec tous les passionnés de floristique qui ne manqueront pas de venir visiter ton joyau botanique.

Salima Benhouhou, professeur à l’ENSA

<<2017-03-31>> - temoignage.html up